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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 15 janvier 2005

    Six façons éprouvées de faire échouer une réforme scolaire

    En prélude à des propositions concrètes de transformation du système éducatif, François Fillon serait bien inspiré de relire ce texte de Philippe Perrenoud consacré à l’application d’une réforme scolaire.

    Tenant pour acquis qu’une réforme est un acte politique en vue de provoquer un changement à large échelle et que la volonté vient d’en haut, alors que la réussite dépend de ceux qui sont sur le terrain, le conférencier analyse les six erreurs classiques qui entraînent l’échec des réformes.


    1) SOUS-ESTIMER LA FORCE DES ADVERSAIRES

    Lorsqu’on entreprend une réforme, on a à créer un minimum de consensus. Or, il y en a qui préfèrent leurs convictions à l’obéissance civile, qui s’autorisent à ne pas prendre au sérieux des décisions démocratiques. Ces résistances ne sont pas toujours exprimées et elles surviennent souvent au moment où les choses paraissent décidées. Il ne faut pas croire que le consensus est acquis une fois pour toutes mais plutôt accepter qu’à chaque phase de la réforme le paysage va changer et que des résistances se manifesteront.

    2) SE GARDER D’ASSOCIER LES ACTEURS AU PILOTAGE DE LA RÉFORME

    Une réforme se négocie du début à la fin, mais avec qui faut-il la négocier ? La question de la représentativité des acteurs se pose alors. On ne peut se contenter de négocier avec les structures administratives habituelles. Il importe de se donner d’autres structures de pilotage de la réforme et d’associer le plus grand nombre d’acteurs à sa genèse si l’on veut que ceux et celles qui auront à la mettre en œuvre se sentent partie prenante de la réforme.

    3) AVANCER ET ÉVALUER TROP VITE

    Il existe un conflit entre la temporalité politique et le temps nécessaire pour transformer des identités et des pratiques. Les politiciens ont au mieux quatre ans pour laisser leur marque. C’est trop court pour constater les résultats d’une réforme. Cette situation se complique par une culture de l’évaluation qui endevient, par moments, obsessionnelle. On veut tout évaluer, tout de suite. Il est nécessaire de repenser les temps et les objets de l’évaluation.

    4) SOUS-ESTIMER LE POUVOIR DES RELAIS

    Toutes les personnes qui ont une fonction d’accompagnement, soit l’ensemble des cadres scolaires, chefs d’établissement, conseillers pédagogiques, formateurs, ne sont souvent pas assez mobilisées. Ces catégories de personnes ne sont pas toujours traitées de façon à être des acteurs dynamiques de la réforme. On néglige de les faire participer à la conception de la réforme et on ne les soutient pas assez pour qu’elles puissent elles-mêmes accompagner le travail sur le terrain.

    5) IGNORER LA RÉALITÉ DU TRAVAIL DES ENSEIGNANTS

    Les promoteurs de la réforme témoignent d’une méconnais-sance des conditions réelles du travail des enseignants. On constate un déficit d’analyse sur le terrain de ce que font vraiment les enseignants. Certains d’entre eux sont aux prises avec des préoccupations de survie qui sont très loin des dispositifs sophistiqués prévus par la réforme. Aussi, les réformes empiètent souvent sur la sphère d’autonomie des professionnels, ce qui les voue à l’échec.

    6) SURESTIMER LE NIVEAU DE QUALIFICATION DES PROFESSIONNELS

    Les missions que l’on demande à l’école sont impossibles en l’état actuel des savoirs et de la recherche et des compétences des enseignants. En ce qui concerne la volonté de supprimer l’échec scolaire par exemple, l’état des savoirs ne nous permet pas de garantir le succès de tous. On peut au mieux grignoter quelques pourcentages. Il en est de même de la mission de rétablir la citoyenneté. Les réformes font souvent montre d’une ambition disproportionnée par rapport aux compétences des acteurs.

    Philippe Perrenoud