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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 31 mai 2005

    TOUS CAPABLES !

    L’échec scolaire, les difficultés à apprendre, les réticences à entrer dans les apprentissages, le refus de se plier aux disciplines requises par le « métier d’élève » (1). Ce sens de l’école, acquis sans s’en rendre compte par ceux qui réussissent, comment s’y prend-on pour l’insuffler aux autres, ceux qui ne l’ont pas reçu en héritage ?

    C’est là, pour le Sgen-CFDT et pour la CFDT dans son ensemble, la préoccupation fondamentale.

    - Parce qu’il s’agit d’un enjeu de démocratie  : une société qui laisse de côté, qui met en marge, qui entretient des filières de relégation, qui exclut, est une société inacceptable.

    - Parce qu’il s’agit d’un enjeu d’insertion professionnelle  : l’élévation constante des qualifications réduit le volume d’emplois accessibles sans certification.

    - Parce qu’il s’agit d’un enjeu humain  : sans savoirs de base, l’accès à l’information, à la formation continue, à nombre des richesses offertes par nos sociétés est fortement compromis.

     

    La question de l’échec scolaire a été suffisamment étudiée pour que nul n’ignore la complexité de notre tâche d’enseignant soucieux de ne laisser aucun enfant sur la touche. Les dons, les talents, les aptitudes psychologiques, l’histoire particulière, le droit à la différence, la fatalité, l’éducation familiale : aucune « explication » ne peut nous affranchir de la responsabilité de faire entrer chaque enfant dans une logique de formation intellectuelle ce qui implique d’acquérir au moins un socle commun de connaissances et de compétences.

    Nous vivons dans une société qui se résigne de moins en moins à laisser dans l’ignorance, l’illettrisme, l’échec scolaire une fraction importante de sa population. Tant mieux ! Mais l’éducation est un challenge difficile. Il l’était probablement à l’origine de l’école publique quand il s’agissait d’apprendre à lire, écrire et compter à des enfants majoritairement ruraux qui pouvaient s’en dispenser pour exercer les tâches auxquelles ils étaient destinés.

    Il l’est encore plus aujourd’hui car il ne s’agit plus seulement d’enseigner mais bien de s’assurer que chaque enfant a acquis ce qui lui est enseigné car il en aura besoin dans sa vie personnelle et professionnelle. C’est le défi de notre profession que de ne laisser aucune personne en rade et de croire en l’éducabilité de tout être humain.

    Tous capables, non pas de postuler à l’école Polytechnique, mais d’atteindre un niveau de connaissances, des capacités de communication et les compétences indispensables sans lesquels il devient difficile de vivre. La définition de ce niveau que tous les enfants devraient avoir acquis à l’issue de leur scolarité obligatoire ne va pas de soi.

    Toutes les tentatives de redéfinition, d’aménagement, de hiérarchisation ou d’allégement des programmes se sont heurtées depuis 20 ans aux accusations conjuguées de bradage de l’enseignement, de Smic culturel et de baisse du niveau. Le paradoxe est que, faute de définition précise d’un socle commun de connaissances et de compétences, chacun se retrouve seul à élaguer des pans entiers de ces programmes impossibles à enseigner et encore plus à retenir pour la majorité des élèves à qui il sont inculqués.

    Du rapport de la commission Thélot, le projet de loi Fillon n’a pas retenu grand-chose et il faudrait avoir une sacrée dose de foi et de confiance pour y trouver le premier signe du progrès que nous souhaitons le plus : garantir à chaque élève qu’il accédera à ce minimum de connaissances et de compétences que le système actuel n’est pas capable de lui assurer. Mais il y aurait méprise sur l’objectif poursuivi si nous mêlions nos voix à ceux qui demandent, en un remake un peu ridicule, le retrait de la loi Fillon tout en dénigrant l’idée de socle commun.

    Ceux-là ne veulent pas que « la scolarité obligatoire garantisse l’acquisition par chaque élève d’un ensemble de connaissances et de compétences indispensables  » (article 1er du projet de loi Fillon)... ils veulent beaucoup plus mais bien incapables de l’obtenir, ils continueront de se contenter, sans peine, de beaucoup moins !