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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 22 juin 2005

    Manipulation et déraison : mots-clé de l’année

    Ce texte n’engage que son auteur.

    Du rapport de la commission Thélot au vote du 29 mai, l’année se sera écoulée à l’aune de ces deux vocables.

    Acte I :

    Attendue avec impatience par tous les partenaires éducatifs, la publication du rapport Thélot, allait scander le premier trimestre de ses propositions. 

    Censé être la matrice de la future loi sur l’éducation promise par le ministre responsable de celle sur les retraites - qui créa la fracture syndicale que l’on sait au printemps 2003 - ce rapport ne pouvait être que dans le droit fil de la loi précédente : néo-libéral et destructeur. Aux dires du front du refus (FSU - SUD - FO et quelques autres).

    Peu importe que l’ensemble des mouvements pédagoqiques, des fédérations de parents d’élèves, des chercheurs en sciences de l’éducation en aient montré d’importantes avancées.

    L’équation « retraites=Fillon=libéral » ne pouvait que s’appliquer à ce texte. Il fut donc soumis à un tir de barrage nourri de la part de partenaires, dont je ne sais s’ils sont encore les nôtres, la caricature et le mensonge leur tenant lieu d’argumentaire.

    Croyant contenter l’opposition tout azimut, Fillon ignora totalement le contenu de dizaines de rapports qui allaient tous dans le même sens : une réforme en profondeur du système éducatif, tant dans les contenus et les objectifs que dans  les pratiques pédagogiques.

    Du rapport Thélot, il ne resta que la notion de socle commun, vidée de son sens par une Loi sans ambitions.

    Votée à la va-vite pour cause de mouvement lycéen persistant et de télescopage référendaire, elle est en voie de placardisation pour raison supérieure (baume à mettre sur les professeurs). Elle rejoindra peut-être les rapports qu’elle a ignorés, à savoir la poubelle du ministère. Cela permettra sans doute de récupérer quelques voix du côté enseignant pour les prochaines échéances électorales, à défaut de servir la cause éducative.

    Acte II :

    La Loi Fillon, adoptée par le parlement, malgré l’opposition générale du monde éducatif , le gouvernement crut pouvoir s’atteler au référendum sur la Constitution européenne.

    Face à la molle explication de celle-ci par leurs défenseurs, le front du refus, ci-dessus évoqué, (FSU, PC, LCR, FO, et SUD entre autres) reprit l’offensive. Surfant sur la vague de mécontentement, justifié par la détresse sociale générée par un chômage de masse, ces ardents révolutionnaires réussirent à entraîner une majorité d’électeurs dans leur impasse, usant à nouveau de toutes les ficelles convenues de la manipulation et de la désinformation.

    Refusant le Traité proposé au vote, ils en réclamèrent la renégociation pour en obtenir un meilleur volet social, tout en s’affirmant fervents européens.

    Malheureusement pour eux, le succès du vote négatif qu’ils défendirent et obtinrent ne leur permettra pas de renégocier quoi que ce soit. Après les votes de la France et des Pays Bas et l’abandon du référendum par l’Angleterre, tout laisse à penser que de Constitution il n’y aura plus d’ici à longtemps.(1)

    En conséquence, SEULS, les traités ultra-libéraux, de Nice et d’ailleurs, que nos chers opposants abborhaient par-dessus tout, continueront de régir les délocalisations et autres dérégulations que nous combattons tous.

    Merci à eux. Les patrons rigolent bien.

    Quant au(x) projet(s) alternatifs qu’ils appellent de leurs vœux depuis trois ans, de façon redondante et incantatoire par le biais d’assemblées populaires et constituantes, ils restent, comme leurs pensées, entièrement  virtuels.

    Si par hasard, l’un(e) d’entre vous en possède le début d’un commencement, je suis preneur....

    Acte III

    Manipulation , soit.

    Que pouvions-nous attendre d’autre de la part d’opposants dont le but n’est surtout PAS de gouverner, pour ne pas se compromettre ?

    Nous n’avons pas à regretter, sur le rapport Thélot comme sur la Constitution européenne, d’avoir porté nos convictions en compagnie de ceux qui contribuent à éclairer notre réflexion et notre pratique, pour ne pas dire notre éthique et qui ne peuvent, en aucun cas, être traités d’ultra ni même de libéraux (Meirieu, Dubet, Hamon,Van Zanten, et tant d’autres...).

    Ce sont ces convictions qu’il faudra à nouveau faire partager lors des élections professionnelles de décembre.

    Pour ces échéances, nous avons besoin de vous tous et de vous toutes. La mobilisation de toutes nos forces est nécessaire, à quelque échelon que ce soit, pour faire progresser notre vision du système éducatif et notre pratique syndicale, pour que la déraison ne constitue pas la pensée unique de cette campagne électorale.

     

    Jean-Claude Robineau, profondément irrité par tant de gâchis - juin 2005

     (1) l’actualité récente vient conforter mon propos : la majorité des pays repousse les référendums sur la Constitution, livrant l’Europe aux seules règles du marché, sans cadre contraignant, dans l’attente hypothétique et fantasmée de l’avènement d’un monde meilleur. En attendant, c’est plutôt le "Meilleur des mondes", dont notre ministre de l’intérieur, nouveau Monsieur Propre, nous décline, jour après jour, sa vision élyséenne. 

     Du NON des urnes devait émerger une Europe sociale. " Blair and Sarkozy in the box" sont apparus, plus en forme que jamais !