Logo

Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

  • Accueil
  • > Politiques
  • > Pédagogie
  • > Enseignement de la lecture
  • 11 janvier 2006

    Ignorance, suffisance, incompétence : les trois piliers de la "pensée" de Robien sur la lecture

    Après le temps de la non-concertation où l’on reçoit les syndicats sans les écouter, vient le temps du mépris en décidant tout seul ce qui est bon ou non pour nos chères têtes blondes. Le brouhaha médiatique relayé par notre Ubu-ministre à propos des méthodes de lecture en offre une édifiante et triste illustration.

    Acte I

    France 2, TF1, et aujourd’hui France info martèlent ce scoop avec une délicieuse candeur :

    30 % des élèves entrant en 6ème ne savent pas lire et c’est la faute à .... la méthode globale !

    Outre l’erreur sur le pourcentage (15% des élèves sont en échec et "seulement" 4% en très grande difficuté, voir les évaluations sur le site du ministère), cette attaque frontale contre une méthode non-utilisée indique la "hauteur" de la réflexion de notre ministre sur l’école.

    Malgré tout, bravant le monde enseignant, Gilles de Robien se lève contre l’obscurantisme et raye d’un trait de plume cette méthode destructrice.

    Applaudissements ! Photo !

    Cette solution, préconisée comme remède à la crise des banlieues (car les non-lecteurs fabriquent des exclus-chômeurs-révoltés), n’a qu’un mérite, celui de ne rien coûter et qu’un avantage celui de désigner les coupables, ces enseignants qui utilisent de mauvaises méthodes.

    Acte II

    Ovide, de son prénom, doit bien rigoler dans sa tombe ! Revenir sur le devant de la scène à chaque changement de ministre, quelle gloire !

    Depuis qu’il a préconisé cette approche de la lecture, seules les écoles qui portent son nom (Decroly) la pratiquent encore. Soit, en France, en tout et pour tout UNE seule, à St Mandé (94) !

    Pour les autres, il faut aller voir en Belgique, sa terre natale.

    En France, tous les chercheurs hostiles à cette approche reconnaissent qu’elle n’est pas utilisée par les instituteurs (voir l’article de R. Goigoux sur le site du Café pédagogique).

    M. de Robien, dans son article du Parisien du 8 décembre affirme vouloir la supprimer à la rentrée 2006 (avec ordre aux IEN de traquer les traces de méthode globale subsistant dans les pratiques des maîtres), éclairé - on est dans le divin - par un rapport prouvant sa nocivité depuis trente ans et l’avis de certains orthophonistes.

    On attend sa publication avec impatience...

    Acte III

    A ce jour, tous les rapports , tant des inspections que des chercheurs infirment ses propos. Apparemment ces documents ne font pas partie de ses lectures.

    Il serait bien avisé de les lire, sauf si, ayant appris avec la méthode syllabique, il en est encore à découper tous les mots au lieu de les appréhender rapidement.

    Suite à ses affirmations dans son discours au Conseil supérieur de l’éducation du 8 décembre, la Fédération nationale des orthophonistes lui inflige un cinglant démenti en affirmant " qu’il n’existe à ce jour aucune étude menée par des orthophonistes, validée scientifiquement, mettant en évidence des liens de causalité entre méthodes de lecture et pathologies du langage écrit".

    Peut-être pourrait-il demander l’avis des personnels des RASED qui ont affaire quotidiennement avec ces enfants en difficulté ?

    Il apprendrait alors que difficulté d’apprentissage en lecture et grande précarité vont de pair. Il aurait confirmation que dans les quartiers aisés où la lecture est présente dès le berceau, si ce n’est avant, les problèmes d’apprentissage sont bien moindres.

    Il est vrai qu’il est plus facile d’abolir ce qui n’existe pas et qui est de l’ordre du fantasme que de s’attaquer à la pauvreté.

    Rideau

    Monsieur de Robien par ses déclarations mensongères et manipulatrices dupera sans doute beaucoup de personnes étrangères au monde de l’éducation.

    Pour les personnels qui y travaillent, il démontre sans ambiguïté l’étendue de son incompétence et le mépris dans lequel il tient la recherche en éducation.

    La coupe est pleine. M. de Robien ne fait plus rire.

    Nous n’avons plus rien à attendre d’un ministre totalement ignorant de la réalité de l’acte pédagogique.

    Qu’il parte !

    Ce serait le seul acte positif pour l’avenir des enfants dont nous avons la charge.


    Lire l’article de Jacques David, conseiller scientifique à l’Observatoire National de la Lecture : "Le B-A BA d’un ministre de l’Education nationale peu informé" sur le site du Café pédagogique

    Sur le site du Monde : dans l’article "Les orthophonistes démentent tout lien entre dyslexie et méthode globale" , lire l’avis de Mme Billard,neuropédiatre à l’hôpital Bicêtre.

    Le blog du Café pédagogique sur le sujet

    "Méthodes de lecture : à la recherche du sens perdu" Sur le site des Cahiers Pédagogiques

    Tribune de R.Goigoux sur le site d’Education et devenir