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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 22 avril 2006

    Après le C.P.E. : les propositions de la C.F.D.T.

    Tracer le parcours d’accès des jeunes à la vie active

    Le temps de la lutte anti-CPE terminé, vient celui des propositions pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes. La CFDT présente cinq grandes mesures pour y parvenir.

    Le CPE retiré, une large consultation doit s’ouvrir pour améliorer l’insertion des jeunes. La fin du contrat première embauche leur évite une précarisation supplémentaire mais ne résout pas leurs difficultés actuelles pour trouver un emploi stable. Les organisations qui se sont fortement mobilisées ces derniers mois devront donc présenter leurs propositions pour ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes, quel que soit leur niveau de diplôme.

    « Il y a une hétérogénéité des jeunes devant l’emploi, remarque Gaby Bonnand, secrétaire national. Cette situation a plusieurs causes. Le chômage structurel élevé ne facilite pas l’insertion des demandeurs d’emploi en général. Les jeunes sont particulièrement concernés du fait de leur faible expérience. Ils peuvent également être découragés par l’échec d’une première insertion, en particulier ceux qui sortent du système scolaire sans qualification. De nombreux jeunes sont aussi confrontés à la discrimination en fonction de leur origine ethnique. Tout cela nécessite de penser à un parcours qui assure des sécurités et qui élimine les obstacles à l’accès à l’emploi. »

    Élément fondamental de ce parcours pour la CFDT : la reconnaissance comme élément de l’expérience de « chaque temps d’immersion dans la vie active, quelle que soit sa nature ». Ainsi, les stages en entreprise et les contrats en alternance doivent être pris en compte dans l’expérience professionnelle, « ce qui permet de réduire l’incertitude du jeune et de l’employeur quant à la mise en œuvre des compétences acquises dans l’emploi ».

    - La CFDT propose un dispositif intitulé “ parcours d’accès à la vie active ” (Pava) concernant les jeunes de 16 à 25 ans lors de leur sortie du système scolaire ou universitaire. Dès ce moment, le service public de l’emploi rencontre le jeune et contractualise le Pava avec lui. Ce contrat lui permet de percevoir une allocation “ projet d’insertion ” jusqu’à l’obtention d’un contrat de droit commun. Rien à voir avec un RMI Jeune, puisque cette allocation constitue une contrepartie à l’effort du jeune pour trouver du travail. Elle peut donc être interrompue si son bénéficiaire ne tient pas ses engagements. En revanche, le Pava est maintenu en cas d’échec d’insertion dans une entreprise. L’allocation “ projet d’insertion ” peut être cumulée avec un revenu du travail pour encourager l’activité. Elle n’a pas vocation à devenir un revenu de subsistance.

    Valider toutes les expériences.

    - Deuxième élément du Pava : le portefeuille de compétences, qui prend en compte tous les contrats (alternance, intérim, CDD, contrat jeune en entreprise...) pour développer et valider l’expérience professionnelle.

    Concrètement, à la fin de chaque contrat, l’entreprise remplit une fiche d’évaluation qui recense les compétences développées par le jeune. Ce portefeuille permet d’identifier ses besoins en formation.

    - En la matière, troisième point du Pava, la CFDT demande « la transférabilité intégrale du droit individuel de formation, acquis au prorata des périodes travaillées, avec un socle initial de 20 heures dès la première heure du premier contrat de travail ».

    - L’accès au logement est particulièrement difficile aujourd’hui pour les jeunes qui débutent dans la vie active. Le Pava comprend donc une garantie des risques locatifs, qui sécurise le bailleur comme le locataire.

    - Enfin, cinquième mesure, une cellule d’appui sociale est créée, pour répondre aux difficultés particulières qu’un jeune peut rencontrer.

    L’employeur ou le jeune peuvent ainsi faire appel à cette cellule quand le salarié est confronté à des problèmes extraprofessionnels lors de son arrivée dans l’entreprise. Cette structure est gérée par les employeurs, les organisations syndicales et les collectivités locales, et en partie financée par des fonds publics.

    « Il s’agit d’externaliser la prise en charge des questions sociales complexes que peut poser l’insertion des jeunes dans l’entreprise et qui ne sont pas de la responsabilité de cette dernière, ou pas dans ses moyens, comme dans les TPE et PME », explique Gaby Bonnand. La mise en œuvre de ces structures fait l’objet d’une expérimentation sur plusieurs sites, avant d’être généralisée après une phase d’évaluation.

    Pour Gaby Bonnand, la question de l’emploi des jeunes trouvera aussi sa réponse dans les solutions apportées à l’emploi en général. « Cela suppose une politique qui réponde aux défis de la compétitivité des entreprises, de leur adaptation aux conditions de la concurrence. C’est une problématique qui concerne l’ensemble du salariat. »

    La formation initiale prend également une part primordiale pour faciliter l’insertion des jeunes. « Il faut parvenir à créer des relations dynamiques et innovantes entre le monde de l’enseignement et celui du travail. Une orientation de qualité est également fondamentale, et nécessite un suivi et des bilans réguliers pour chaque jeune. »

    Malgré toutes les mesures contenues dans le plan de cohésion sociale, qui vise l’insertion de 800 000 jeunes, beaucoup reste donc à faire pour permettre à chaque jeune d’entrer dans le monde du travail dans les meilleures conditions possibles, et d’accéder enfin à l’autonomie et à la sécurité professionnelle à laquelle ils aspirent.

    Frédéric Delaporte © CFDT (mis en ligne le 19 avril 20066)


    François Chérèque dans Libération

    « C’est tout le malaise d’une génération qui s’est exprimé dans ce mouvement »

    Dans une interview publiée dans Libération, François Chérèque revient sur trois mois de conflit qui ont conduit au retrait du contrat première embauche. Et tire les premières leçons de ce mouvement.

    Libération. Estimez-vous avoir remporté une importante victoire syndicale ?

    François Chérèque. Évidemment ! Et pour trois raisons. La première, c’est que nous avons mobilisé sur un thème unique. C’est une des leçons de ce mouvement : il est plus facile de mobiliser sur un motif très identifiant que sur l’emploi ou la défense des droits des salariés en général. Ensuite, l’unité syndicale a été très, très forte, y compris avec les organisations d’étudiants et de lycéens. Enfin, en face, notre interlocuteur a été particulièrement maladroit. Il n’a utilisé aucune possibilité du dialogue social pendant trois mois.

    Allez-vous tenter de transformer l’essai en demandant l’abrogation du contrat nouvelles embauches ?

    Aujourd’hui, la bagarre contre le CNE est sur le terrain juridique. Et au moment où le gouvernement veut un débat sur la sécurisation des parcours professionnels, il lui sera difficile de ne pas ouvrir le dossier du CNE. La CFDT le demandera.

    Avec le CPE, Villepin pensait apporter une réponse au chômage des jeunes. En quoi s’est-il trompé ?

    Le gouvernement avait mal posé le diagnostic de départ. Par exemple, sur le chiffre du chômage des moins de 26 ans, il est faux de dire que 22 % des jeunes sont au chômage. Rapporté à la classe d’âge des 16-25 ans, il est de 8 %, puisque l’écrasante majorité des jeunes poursuit des études, beaucoup plus que chez nos partenaires européens. De plus, leurs situations dans l’accès à l’emploi sont très diverses. Le CPE donnait une réponse unique à des situations différentes. Ainsi, 71 % des jeunes les plus qualifiés sont en CDI dans les deux ans suivant la fin de leurs études. En masquant le vrai problème de ceux qui sont en difficulté, le gouvernement a suscité la colère de ceux qui ne se sentaient pas, eux, en difficulté. Ce qu’il faut, c’est inventer des parcours différenciés vers l’emploi pour les jeunes, en fonction de leur histoire dans la formation et de leur histoire sociale.

    Le 16 janvier, le Premier ministre lançait le CPE. Pensiez-vous ce jour-là obtenir son abrogation trois mois plus tard ?

    Quand on mobilise, on espère toujours gagner. Mais je n’imaginais pas le refus total de dialogue que le gouvernement allait nous opposer. La seule attitude qui nous restait était la contestation. Personne ne pouvait prévoir que les mouvements successifs allaient être de plus en plus forts, jusqu’à la journée du 4 avril. C’est, je crois, le premier mouvement de ce type.

    Il y a eu peu de grèves, même dans les transports publics...

    Nous avons démontré qu’on pouvait être forts sans faire la grève. C’est aussi pour cela que ce mouvement est resté populaire tout au long de ces trois mois. On a pris soin d’y associer la population sans pour autant la handicaper dans ses déplacements. L’autre surprise, c’est le soutien massif des salariés du privé, notamment de jeunes salariés de petites entreprises, qui venaient pour la première fois à une manif. En fait, c’est tout le malaise d’une génération face à la précarité et ses conséquences qui s’est exprimé à l’occasion de ce mouvement contre le CPE.

    On a vu les syndicats de salariés agir en étroite liaison avec les organisations de jeunes. Est-ce aussi une originalité de ce mouvement ?

    Depuis quelques années, la CFDT a développé un contrat de coopération avec la Confédération étudiante. Il n’y a pas de raison que le type de syndicalisme que défend la CFDT ne se retrouve pas dans le syndicalisme étudiant. Avec les mouvements lycéens, la relation est un peu différente. Ils assurent une expression essentielle pour l’accès des jeunes à la citoyenneté. Mais, lorsqu’il s’agit de mineurs, les organisations syndicales doivent être très prudentes, éviter les appels inconsidérés et prévenir les risques de dérapages. Lors des réunions de l’intersyndicale, les cinq grandes confédérations ­ CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC ­ ont agi en organisations responsables, expliquant, par exemple, qu’on n’appelait pas comme cela à une grève générale. D’autres n’ont pas toujours été aussi claires. Que la FSU, principale fédération de syndicats d’enseignants, soutienne par principe toute forme d’action des lycéens et étudiants et propose d’emblée la grève générale ne me paraît pas très responsable. L’action syndicale doit aussi être un travail d’éducation populaire. Quand il y a eu certains débordements, à la fin du conflit, dans les gares ou à la porte des entreprises, comme chez Airbus, il y a eu peu de voix pour dire : « Attention, il y a des limites à ce que l’on peut faire. » Il est vrai que la leçon d’instruction civique n’est pas venue du sommet de l’État. Pendant deux mois, le Premier ministre a dit : « Il faut respecter les institutions. » Il a répété : « Le texte est voté, il faut l’appliquer ! » À l’arrivée, le président de la République promulgue et demande de ne pas appliquer la loi. Et on finit par un texte d’origine parlementaire, présenté par le Premier ministre !

    La crise sociale n’a-t-elle pas révélé une crise des institutions ?

    Les institutions fonctionnent selon les hommes qui les font fonctionner. Tous promettent de consulter les partenaires sociaux mais l’oublient ensuite. Quand j’ai rappelé au Premier ministre l’obligation, prévue par la loi Fillon de mai 2004, de laisser les partenaires sociaux négocier avant tout changement des règles sociales, il m’a répondu : « Je ne suis pas obligé, c’est seulement dans le préambule de la loi. » Nous sommes le seul pays en Europe à fonctionner comme ça.

    En France, les syndicats seraient trop faibles pour s’engager dans une réforme...

    Oui, le syndicalisme est faible en nombre d’adhérents, tout comme les partis politiques. Mais il faut relativiser en terme de représentativité électorale. Nous sommes dans un cercle vicieux : les syndicats sont trop faibles, donc le pouvoir politique prend les décisions, les syndicats ne peuvent que s’opposer, et on leur reproche d’être trop faibles pour participer à la décision. Il faut briser ce cercle. La réforme des retraites a été débattue pendant un an, puis négociée cinq mois. Elle est aujourd’hui appliquée. C’est la preuve que l’on peut s’engager.

    La mobilisation réussie contre le CPE va-t-elle se traduire un regain d’adhésions syndicales ? Depuis deux mois, les demandes d’adhésion affluent, et pas seulement chez les jeunes.

    Ces trois mois annoncent-ils une recomposition du monde syndical autour de l’unité d’action retrouvée entre la CGT et la CFDT ?

    Il est évident que lorsque les deux principales organisations syndicales françaises s’entendent sur un mode d’emploi, qu’elles sont capables de s’engager ensemble et, comme on dit au tarot, de « mener le petit au bout », cela marque dans notre pays. Maintenant, la question qui se pose est d’être aussi capables de mener le petit au bout sur des négociations. Si on peut en faire la démonstration, le syndicalisme français peut être transformé. Aujourd’hui, on est au milieu du chemin.n

    Propos recueillis par Muriel Grémillet et François Wenz-Dumas pour Libération. Interview du 12 avril 2006 reproduite avec l’aimable autorisation de Libération. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés Libération © CFDT (mis en ligne le 12 avril 2006)


    Les dispositifs existants pour les jeunes peu ou pas qualifiés :

    - Le contrat de professionnalisation. Il s’agit d’un contrat en alternance, accessible aux 16-25 ans, qui peut prendre la forme d’un CDD ou d’un CDI. Plus de 100 000 contrats de professionnalisation ont été signés, qui s’ajoutent aux 187 000 contrats d’apprentissage.

    - Le contrat jeunes en entreprise. C’est un CDI destiné aux 16-22 ans ayant atteint le niveau bac sans obtenir le diplôme et aux titulaires de CAP et de BEP. Pas de formation obligatoire. Environ 230 000 personnes ont signé un contrat jeunes depuis 2002.

    - Le contrat d’accompagnement dans l’emploi. Il concerne toutes les personnes rencontrant des difficultés particulières d’insertion dans l’emploi, adultes compris. Il vise à répondre à des besoins collectifs non satisfaits. Il peut être conclu avec des organismes publics, des organismes privés chargés d’une mission de service public ou à but non lucratif. C’est un CDD d’une durée minimale de six mois. Plus de 200 000 CAE ont été signés.

    - Le Pacte junior. Il permet aux jeunes peu ou pas qualifiés d’accéder à la fonction publique par une autre voie que le concours. Son lancement est trop récent pour en faire un bilan.

    - Le Civis. Contrat d’insertion dans la vie sociale. Il vient d’être renforcé par les mesures qui remplacent le CPE. 150 000 Civis ont été mis en œuvre.