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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 6 mai 2006

    Le passage des REP à l’éducation prioritaire : qu’en penser ?

    La circulaire sur l’éducation prioritaire vient enfin de sortir. Elle prévoit un certain nombre de mesures qui devront s’appliquer dès la rentrée 2006 en particulier dans les réseaux « ambition-réussite » mais elle est critiquée pour son manque d’ambition et certains y lisent la disparition assurée des ZEP.

    Pour l’ensemble, la circulaire se compose de trois parties : la première traite de la structuration et du pilotage de l’ensemble des réseaux, la seconde des 249 réseaux ambition-réussite et la dernière envisage le suivi et l’évaluation des politiques mises en œuvre.

    L’ambition affichée est de recentrer les moyens sur les quartiers les plus défavorisés...difficile cependant de se reconnaître totalement dans ce dispositif.

    La circulaire en ligne

    Du mérite individuel pour les élèves comme pour les profs...

    Deux mesures nous semblent de nature à discréditer l’esprit de la réforme et nous tenons à les dénoncer d’autant qu’elles tiennent à cœur à notre ministre :
    - la première qui permettra à des élèves ayant obtenu la mention très bien au brevet de pouvoir, dès 2006, choisir le lycée qu’ils désirent dans leur académie. Les lycées qui recrutent les élèves des collèges « ambition-réussite » labélisés entre autres à cause de leurs faibles résultats scolaires, risquent donc d’être ponctionnés des meilleurs éléments. Cette mesure qui permet très officiellement de contourner la carte scolaire est la preuve que pour le ministère les lycées de centre ville restent les lieux de formation de l’élite et des filières d’excellence. Elle confirme aussi la pauvreté de la réflexion en ce qui concerne les lycées en difficulté. Elle sera à suivre avec beaucoup d’attention dans les établissements concernés ;
    - l’autre concerne le « recrutement » des 1 000 enseignants référents qui auront un accès facilité à la hors classe. Là aussi la notion de mérite professionnel se décline très individuellement et relègue au second plan le travail en équipe et ce qui a déjà été réalisé depuis de nombreuses années dans les collèges concernés. La mise en avant du mérite individuel et du rôle de l’inspection dans une de ses missions les plus traditionnelles (même si d’autres sont énoncées) ne peut nous satisfaire.

    Analyse et commentaires

    Une nouvelle structuration

    Des réseaux pour la réussite des élèves
    Le réseau est constitué du collège et des écoles qui l’alimentent, en EP1« ambitions réussite », comme en EP2 « réussite scolaire ».La nouvelle structure de pilotage du réseau est le comité exécutif. Il « fédère les établissements scolaires et ses partenaires ». Ils devront être actifs avant le 1er mai 2006 pour les premiers et rentrée 2007 pour les autres. Il comprend le principal du collège, le principal adjoint, les directeurs d’école et éventuellement l’IEN. La circulaire rappelle l’autonomie des établissements et la liberté pédagogique des équipes mais ces notions ne suffisent pas à donner de réelles directives pédagogiques sur le terrain.
    La notion de contrat qui avait déjà été introduite lors de la dernière réforme des ZEP est reprise pour les deux types de réseau : ce sont les contrats Ambition Réussite et d’Objectifs Scolaires. Ils doivent s’articuler avec les projets d’école et d’établissement. Les premiers sont conclus pour 4 ou 5 ans et peuvent faire appel aux expérimentations (en particulier en termes de rythme scolaire et de liaison entre 1er et 2nd degré). Les équipes enseignantes sont responsables des volets de pédagogique des projets de réseau.
    Les tâches des enseignants supplémentaires sont détaillées : la libération de temps pour le travail en équipe est évoquée mais de notre point de vue ce ne pourra être qu’à la marge.

    L’ambition scolaire pour tous

    La clef de voûte du dispositif pédagogique est le PPRE qui constitue une « modalité de prévention de la difficulté scolaire ». La circulaire réaffirme la « prise en charge personnalisée, gage de la réussite dans la lutte contre l’échec scolaire ». Un livret de compétence est élaboré. Les autres mesures annoncées ne sont, pour la plupart, que la généralisation de mesures déjà en place dans de nombreux établissements : suivi d’orientation, enseignement découverte professionnel, projets interdisciplinaires, stages en milieu professionnel, accompagnement de 100 000 élèves par 100 000 étudiants. Il est même évoqué le parrainage par des élèves de lycées. Il est précisé qu’« Un parcours scolaire réussi sera fondé sur la maîtrise des apprentissages fondamentaux et l’acquisition du socle commun ».

    Une liaison renforcée avec les familles et le hors temps scolaire

    La place renforcée des familles et leur participation sont réaffirmées avec la proposition d’une salle aménagée à leur intention, la nécessité de l’explication du règlement intérieur, des enjeux et des programmes de l’année. Là encore une grande partie de ces mesures ont déjà été mises en place : livret d’accueil, rencontres trimestrielles pour remise des bulletins et échange sur la situation des élèves. Il est recommandé qu’une réflexion soit menée sur l’ensemble des dispositifs existant pendant et hors du temps scolaire en particulier sur les dispositifs d’accompagnement des élèves les plus fragiles dans un souci de cohérence.

    Les réseaux ambitions réussites à la rentrée 2006

    Les 1000 professeurs supplémentaires et le renforcement des équipes pédagogiques

    Ils sont destinés à structurer les équipes, accompagner les jeunes enseignants, permettre une concertation accrue et favoriser la mise en œuvre des PPRE. Ils ne pourront effectuer plus d’un mi-temps devant élèves et recevront une lettre de mission. Cette mission sera évaluée par les corps d’inspection.

    Un long développement sur le profil, le recrutement, le choix, les cas où il n’y a pas de candidats n’a pas grand rapport avec une circulaire de rentrée mais c’est l’occasion d’évoquer le mouvement, le fait que les candidats peuvent être du 1er et du 2nd degré, l’affectation possible de titulaires de brigade (1er degré) ou de ZR (2d degré), la possibilité d’affectation de PLP en collège.

    Beaucoup de propositions passent discrètement dans le pot commun de la circulaire de rentrée alors qu’elles soulèvent un grand nombre de problèmes. 3 000 assistants pédagogiques seront recrutés. Leur statut est défini dans une circulaire spécifique (N°2006-065 du 5-4-2006 BO n°15 du 13 avril 2006). La transition école collège doit être rendue plus facile pour les élèves et en particulier ceux qui rencontrent le plus de difficulté : à cet effet, il est proposé de nommer des PLP pour réduire le nombre d’intervenants.

    Accompagner les enseignants et reconnaître leur mérite.

    Ici aussi le développement n’a pas grand chose à voir avec une circulaire de rentrée : entre les inspections pour valoriser l’investissement, la hors classe, les mutations au bout 5 ans de service et la mobilité fonctionnelle, nous restons sur notre faim. On aurait besoin d’autre chose pour stabiliser les équipes...

    Suivre et évaluer les politiques mises en œuvre

    Pilotage et évaluation sont mis en avant du niveau national jusqu’aux réseaux « ambition réussite ».

    Un accompagnement renouvelé

    Un effort particulier pour accompagner les jeunes enseignants devrait être engagé avec intervention des IPR et des IEN ainsi qu’une modification de la formation initiale « pour traiter la difficulté scolaire et prendre en compte l’hétérogénéité ». Les dispositifs académiques de formation devront accompagner et diffuser les actions et organisations pédagogiques innovantes.

    Dans 10 académies un IPR animera la politique d’accompagnement et les cadres bénéficieront d’une formation annuelle. Les stages d’établissement seront encouragés en EP1 et EP2. Différents sites seront mis à contribution pour la diffusion des documents et des travaux de recherche (Eduscol, Centre Alain Savary, CNDP...)

    Évaluation et régulation

    Elle commence dans la classe au travers d’un passage assez savoureux : « il s’agit de mesurer effectivement ce que les élèves ont appris en visant les compétences du socle commun, les compétences intellectuelles transversales et en évitant une trop grande parcellisation des tâches ». Le comité exécutif du réseau se fondera sur un « baromètre de réussite scolaire ». Au niveau des académies les corps d’inspection évalueront les résultats des contrats et un inspecteur général fera un rapport de synthèse sur les réseaux ambition réussite en particulier sur l’évolution des performances scolaires constatées.

    Ce que le Sgen-CFDT en pense !

    La circulaire se termine sur ces mots : « La politique de relance de l’éducation prioritaire passe par une mobilisation de tous. Le renforcement des moyens, la mise en cohérence des actions, le développement de pratiques pédagogiques mieux adaptées aux besoins permettront de donner aux élèves plus d’ambition et de leur offrir les conditions de la réussite scolaire ».

    Mais reste à savoir la réalité que nous mettons derrière les mots : le renforcement des moyens est réel en EP1 mais le rôle de ces nouveaux personnels (en particulier les enseignants) et leur statut dans les réseaux « ambition réussite » ne nous semblent pas suffisamment fédérateurs pour mettre en place une alchimie de la réussite. Le primat donné au challenge individuel sur le collectif des équipes n’est pas pertinent.

    Une de nos revendications prioritaires reste ce temps de concertation nécessaire pour faire fonctionner les équipes et la redéfinition des services. Ce n’est pas ce qui est à l’ordre du jour mais plutôt l’augmentation des tâches : par exemple l’entretien d’orientation avec chaque élève dans un certain nombre de niveau qui nécessite un temps important si on veut aller plus loin que l’existant, dans le cadre existant.

    L’évocation des nouvelles pratiques pédagogiques nous laisse aussi sur notre faim  : que va-t-il être proposé comme formation à l’IUFM ? quelle réflexion sur l’évaluation des élèves et son évolution nécessaire vont avoir lieu ? quelle nouvelle évaluation des enseignants et surtout des équipes seront proposées ? Dans ce domaine, la circulaire est bien trop traditionnelle.

    Reste enfin à savoir ce que contiendra le socle commun et ce qu’il mettra en place : les premiers éléments annoncés en termes de savoir-être comme la note de vie scolaire stigmatiseront l’élève plutôt qu’ils l’engageront dans une voie de réussite. En sera-t-il de même en termes de connaissance ? La question reste ouverte. Des décisions d’ordre statutaire qui correspondent à de réels problèmes pédagogiques sont discrètement avancées sans qu’une réflexion de fond ait été engagée : la bivalence, l’intervention de personnels du 1er degré en collège et du 2nd degré en école en sont deux exemples.

    Enfin, rien n’est proposé pour le lycée qui accueille aussi des élèves issus d’EP1 ...et cela n’est pas acceptable.

    L’Éducation prioritaire n’est donc ni bradée ni en danger. Mais le Sgen-CFDT reste très réservé sur un certain nombre de mesures.

    L’absence de réelle concertation sur le texte final, le manque de bilan sur la politique de réseaux précédente et le fonctionnement du ministre de l’Éducation Nationale ainsi que la recherche perpétuelle d’économies budgétaires doivent nous encourager à une vigilance renforcée. Nous devons faire avancer nos revendications et faire bouger une Éducation nationale bien trop frileuse. Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut remédier à la difficulté scolaire et sociale dans les écoles et les établissements qu’ils dépendent ou non de l’éducation prioritaire.