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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 29 septembre 2006

    Après l’enseignement de la lecture, De Robien s’attaque à l’enseignement des maths à l’école primaire


    Après le B-A, BA , le rabâchage des tables de multiplication ?

    Comme pour l’enseignement de la lecture, les intentions de De Robien à propos d’une réforme de l’enseignement des mathématiques s’appuient sur des certitudes qui ont peu à voir avec l’état des savoirs mais beaucoup à voir avec un certain état de l’opinion.

    Contre réforme

    Les propos distillés et les personnages caricaturaux [1] qu’il a choisi pour conseillers indiquent que le ministre entend réendosser l’habit de pourvoyeur de fantasmes qu’il a déjà porté à propos de la lecture.

    La volonté affichée de réformer les programmes de 2002 pour, entre autres, introduire l’enseignement des quatre opérations dès le CP tend en effet à donner consistance à un âge d’or du calcul, d’une rassurante progression linéaire, d’un apprentissage par répétition de mécanismes simples. Le quotidien dans les classes, même dans les années cinquante, a rarement respecté ce tableau. L’exploitation de la nostalgie sélective des adultes, des questions légitimes des parents relève de la manipulation éhontée de l’opinion publique dont le ministre semble se faire une spécialité.

    Diviser c’est partager ou grouper ?
    Les deux, mon Capitaine !

    « Avec 40 gâteaux combien peut-on faire de paquets de 10 gâteaux ? ». Ou encore « On partage équitablement 13 images entre trois enfants ; combien d’images chaque enfant reçoit-il ? ».C’est avec ces deux énoncés que Rémi Brissiaud, chercheur et formateur à l’IUFM de Versailles, met en évidence que la division peut se comprendre tantôt comme partage, tantôt comme groupement. Tant que ces deux schémas mentaux ne sont pas compris comme équivalents par les élèves, l’enseignement de la technique opératoire de la division renforce le schéma premier de partage. Comprendre la division avant tout comme un partage peut obérer gravement la compréhension mathématique et les progrès ultérieurs au collège puis au lycée.

    Retour aux programmes de 1945 ?

    Dans un long article paru dans le dossier calcul mis en ligne par le Café pédagogique, Rémi Brissiaud analyse les programmes de 1945 auxquels souhaite revenir le ministre et explicite leurs points forts et faibles. Selon lui, les programmes de 2002, instruits par l’aventure des maths modernes des années 70, ont conduit à un enseignement actuel qui a gardé les points forts, éliminé les plus graves erreurs et reste encore largement perfectible.
    Ce début de débat montre que,contrairement aux assertions ministérielles, l’affaire n’est pas simple ; que ce serait une erreur d’opposer 2002 et 1945 ; qu’il serait dangereux d’imposer une pratique pédagogique en faisant fi des données historiques et des recherches didactiques.

    La méthode globale vous dis-je !

    Améliorer l’enseignement des mathématiques à l’école primaire est un objectif louable. Nombreux sont ceux qui y travaillent depuis des décennies : des Instituts de recherche en mathématiques (Irem) jusqu’aux chercheurs comme Rémi Brissiaud ou Stella Baruk en passant par l’équipe Ermel.

    Mais laisser argumenter les professionnels, organiser régulièrement des “conférences de consensus”, veiller à ce que les conclusions soient utilisables par les enseignants et en assurer une large promotion supposerait une patience et une humilité que l’on n’attend plus d’un Ministre qui préfère flatter les instincts conservateurs et choisir les avis scientifiques qui l’arrangent quitte à les déformer ou à les inventer.


    Le dossier du café pédagogique

    - Remi Brissiaud
    Calcul et résolution de problèmes arithmétiques : il n’y a pas de paradis pédagogique perdu (6 juin 2006)

    - David Lefebvre
    Calcul et situations problèmes (20 juin 2006)

    - Roland Charnay
    Calcul, résolution de problèmes, programmes : réaction au texte de Rémi Brissiaud (20 juin 2006)

    - Joël Briand
    L’esprit global des programmes permet aux professeurs de conduire les apprentissages mathématiques des élèves en leur donnant vraiment du sens (21 juin 2006)

    - Remi Brissiaud
    Calcul et résolution de problèmes : le débat avance (29 juin 2006)


    [1] Le Monde de l’éducation de septembre 2006 nous apprend que 15 000 euros et deux décharges complètes ont été attribués pour une expérimentation d’un genre nouveau menée sous le drapeau de l’instruction et de l’opposition au pédagogisme par des enseignants qui ont construit leur réputation sur un dénigrement caricatural de toutes les réformes de l’éducation depuis 30 ans et la haine de la pédagogie et des sciences de l’éducation