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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 13 octobre 2006

    Lecture : lettre ouverte à de Robien et autres actions

    Paris, le 21 septembre 2006

    Monsieur le Ministre,

    Depuis près d’un an, vous entretenez le trouble dans l’opinion publique sur l’apprentissage de la lecture et professez le simplisme pédagogique en la matière. Vos prises de position, souvent caricaturales et aux fondements scientifiques contestés, s’opposent aux contenus même des programmes que vous avez signés.

    Comment pouvez-vous déclarer en effet que « seule la synthèse (méthode syllabique) doit être employée à l’exclusion de toute autre » alors que les programmes indiquent sans ambiguïté qu’il faut recourir à deux procédures : l’approche synthétique (des lettres vers le mot) et l’approche analytique (du mot vers les lettres) ?

    Comment pouvez-vous prétendre, monsieur le ministre, que la méthode syllabique est la meilleure méthode d’apprentissage de la lecture alors que, par le passé, avant même que l’on parle d’approche globale de la lecture, près d’un jeune sur deux sortait de l’école sans aucun diplôme ? Les professeurs de collège se plaignaient à l’époque que leurs élèves savaient déchiffrer mais qu’ils ne comprenaient pas ce qu’ils lisaient. On constate aujourd’hui encore, d’après une enquête INSEE de 2004, que c’est parmi les plus de 55 ans que le pourcentage de personnes ayant des difficultés de lecture est le plus important.

    Comment pouvez-vous affirmer que votre démarche s’appuie sur des études scientifiques alors que vous empêchez des chercheurs de s’exprimer et que les soutiens que vous avez évoqués prennent ouvertement leurs distances comme viennent de le faire plusieurs chercheurs en neurosciences lors d’un séminaire du Collège de France en déclarant : « La psychologie cognitive ne prescrit pas de méthode unique d’enseignement » ou encore « les approches synthétique et analytique sont toutes les deux efficaces ?

    Monsieur le ministre, vous affichez publiquement des positions qui sont en contradiction avec celles des programmes que vous avez signés.

    Vous déformez délibérément les résultats aux différentes évaluations pour pouvoir prétendre que les élèves ne savent plus lire et que l’Ecole est en danger.

    Vous écartez des chercheurs reconnus des dispositifs de formation sous prétexte que leur parole n’est pas en conformité avec votre discours.

    Vous menacez les enseignants du premier degré d’une enquête pour vérifier s’ils appliquent vos consignes et à l’inverse, vous soutenez officiellement les promoteurs du retour aux méthodes pédagogiques d’il y a un siècle et qui sont en contradiction avec les programmes officiels actuels.

    Vous engagez les parents à dénoncer les maîtres qui n’appliqueraient pas une méthode exclusivement syllabique, alors qu’ils n’ont pas les compétences pour identifier la méthode utilisée et que ce n’est pas leur rôle.

    Jusqu’où irez-vous monsieur le ministre, dans le dénigrement des enseignants et le mépris des parents ? Jusqu’où ira votre acharnement ?

    Parents, nous considérons que la réussite de nos enfants aujourd’hui ne passe pas par le retour aux méthodes du passé. Nous considérons que c’est par le dialogue entre enseignants, parents et responsables de l’Education nationale que le progrès est possible dans le domaine de l’éducation. Nous rejetons toute forme d’autoritarisme.

    Enseignants, nous sommes des professionnels. Nous connaissons et respectons les programmes d’enseignement. Nous oeuvrons tous avec détermination et professionnalisme pour conduire le plus grand nombre d’enfants à la maîtrise de la lecture et de l’écriture.

    Inspecteurs de l’Education nationale, conseillers pédagogiques et formateurs d’enseignants, nous avons toujours fait en sorte d’aider les enseignants dans leur pratique professionnelle dans le respect de la personnalité de chacun et dans l’intérêt des élèves.

    Militants d’associations éducatives, nous savons par notre engagement au côté de l’Ecole que l’apprentissage de la lecture passe par des voies multiples et diversifiées et mérite mieux que les slogans et les simplismes.

    La réussite des élèves ne peut se résumer à une affaire de méthode. Au-delà du professionnalisme nécessaire, elle nécessite une relation de coopération et de confiance entre les parents et les enseignants, relation nourrie par le dialogue et que nous nous employons quotidiennement à construire.

    Aussi, nous vous demandons, monsieur le ministre, de cesser de caricaturer l’apprentissage de la lecture, de mettre en cause la formation des enseignants et d’entretenir la suspicion au sein de notre système éducatif, car en faisant cela, c’est vous qui mettez l’Ecole en danger.

    AFEF - Viviane YOUX, Présidente
    AGEEM - Lucille BARBÉRIS, Présidente
    AIRDF - Christine BARRÉ DE MINIAC, Présidente
    CRAP Cahiers pédagogiques, Dominique GUY, Secrétaire générale
    FCPE - Farid HAMANA, Président
    GFEN - Odette BASSIS, Présidente
    ICEM Pédagogie Freinet - Catherine CHABRUN, Présidente
    LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT - Eric FAVEY, Secrétaire national
    SI.EN-UNSA - Patrick ROUMAGNAC, Secrétaire général
    SE-UNSA - Luc BÉRILLE, Secrétaire général
    SGEN-CFDT - Jean-Luc VILLENEUVE, Secrétaire général
    SNUIPP-FSU - Gilles MOINDROT, Secrétaire général
    SNPI-FSU - Erick PONTAIS, Secrétaire général


    Le ministre doit condamner la campagne de SOS - éducation

    Communiqué de presse SNUipp FSU - SE UNSA - SGEN CFDT

    S’appuyant sur les déclarations caricaturales du ministre de l’Education Nationale, l’association SOS éducation a fait paraître dans la presse régionale un encart publicitaire qui menace tous les enseignants de dénoncer leurs choix de manuels. Cette menace est intolérable. Cet encart divulgue une information mensongère sur les programmes de l’école élémentaire. Il jette ainsi le trouble sur les relations entre les parents et les enseignants. Les manuels utilisés dans les classes ne correspondent pas à une méthode particulière : certains rêvent-ils de brûler des livres de lecture grâce auxquels des centaines de milliers d’enfants ont appris à lire ?

    Le SNUipp, le SGEN et le SE exigent que le ministre de l’Éducation Nationale condamne vigoureusement ce qui s’apparente à de la délation, apporte son soutien aux enseignants mis en cause et affirme que les manuels utilisés en classe sont conformes aux programmes.

    Paris, le 13 octobre 2006


    Lecture : motion du conseil d’école

    L’enseignement et l’apprentissage de la lecture peuvent et doivent être améliorés. Mais les discours du ministre, en contradiction avec les textes règlementaires qu’il a lui-même signés, ne créent pas les conditions de cette amélioration.

    C’est pourquoi le Sgen-CFDT, avec les organisations signataires du document "Apprendre à lire : pas si simple", propose aux conseils d’école d’adopter la motion ci-dessous. Cette motion a reçu l’accord notamment du Sgen-CFDT, du SE Unsa, du SNUipp-FSU et de la FCPE. (à télécharger ci-dessous)


    Répression, ordre moral ... (Editorial de Profession Éducation (PE n°160)

    Sans vouloir être inutilement alarmiste, nous vivons actuellement, en France, dans un climat délétère, préoccupant où politique du bouc émissaire, répression et ordre moral s’installent de plus en plus.

    Que penser d’un gouvernement qui accepte qu’un de ses ministres s’en prenne à la magistrature ? Que penser d’un gouvernement qui ne dit mot lorsqu’un de ses ministres, le même, insulte avec une rare grossièreté des policiers ? Que le Garde des sceaux soit resté totalement silencieux est pour le moins affligeant. Il est toujours inquiétant dans un pays de droit de stigmatiser la justice ou de vouloir l’opposer à la police. On pourrait tout autant évoquer la honte de l’épisode Cachan, la honte de l’opération spectacle menée aux Mureaux pour arrêter un jeune. Et que dire du projet de loi sur la délinquance ? Pendant ce temps, on continue de pratiquer « la chasse » aux jeunes scolarisés de parents sans papiers, et on n’hésite pas à interpeller des enfants de quatre ans dans les maternelles. On le voit bien, le show médiatique s’empare de plus en plus de la politique.

    On pourrait penser que le système éducatif soit quelque peu préservé de tout ce climat nauséeux. Pas le moins du monde. Bien au contraire. Sur fond de regret nostalgique de l’École des années 50, notre ministre, Gilles de Robien, vante les vertus de l’ordre moral, de la mise au pas : la conformité devient valeur.

    Ainsi le ministre de l’Éducation nationale poursuit avec une obstination quasi pathologique sa croisade pour l’apprentissage de la lecture par la seule méthode syllabique. Il continue de laisser croire que les méthodes actuelles, et donc les enseignants, sont responsables des 15 % d’élèves qui ne possèdent pas réellement les apprentissages fondamentaux à l’entrée en 6e, ignorant totalement les réalités socio-économiques, les inégalités culturelles, sociales que vivent un grand nombre de ces élèves en difficultés. Mais, au fait, quelles sont les méthodes, et donc les enseignants responsables des 85 % de réussite des autres élèves ?

    Ainsi, alors que l’École a avant tout besoin de sérénité, le ministre entretient le trouble dans l’opinion, stigmatise la profession, organise ce qui peut s’apparenter à une « chasse aux sorcières ».

    C’est d’abord l’universitaire Roland Goigoux dont les compétences sont largement reconnues que l’on veut mettre au pas. Pour avoir exprimé dans un ouvrage sa conception de l’apprentissage de la lecture qui ne correspond pas à la norme ministérielle, on lui retire sa fonction de formateur à l’École supérieure de l’Éducation nationale.

    C’est la mission expresse demandée aux inspecteurs, qui d’ailleurs commencent à se rebeller, d’aller vérifier dans les écoles la conformité ou non de la méthode de lecture pratiquée par nos collègues.

    C’est une procédure disciplinaire engagée contre un IEN (inspecteur de l’Éducation nationale) qui a commis la « faute » (sic !) de déclarer dans un journal régional que l’apprentissage de la lecture ne pouvait être déconnecté de la compréhension du texte ! Incroyable de tels propos, non ?!

    Il est évident, par ailleurs, que lorsque Gilles de Robien déclare que l’enseignement n’est pas une profession libérale - ce que le Sgen-CFDT a toujours dit -, il veut dire par là que tous les enseignants doivent marcher du même pas, où toute « liberté pédagogique » au vu de telle ou telle classe ou de tel ou tel élève est bannie. Explique-t-on à un médecin comment ausculter ou à un garagiste comme changer un démarreur ?

    Cette volonté de formatage s’inscrit bien dans cet ordre moral ambiant dénoncé plus haut, la note de vie scolaire au brevet en est une autre illustration.

    Dans un contexte très difficile, le Sgen-CFDT continuera de défendre sa conception de l’École, de lutter comme il l’a toujours fait contre toute forme de caporalisation.

    Le 8 octobre 2006

    Jean-Luc Villeneuve



     

     

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