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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 16 avril 2004

    Violence, mythes et réalités


    Hommes et migrations (septembre - octobre 2001)

    Bien des lecteurs des Cahiers connaissent l’excellente revue Hommes et Migrations avec qui nous avions d’ailleurs publié le dossier "À l’école, l’intégration". Après d’autres publications, elle s’attaque ici à son tour au thème de la violence urbaine. On retrouve ce qu’on appréciait dans les numéros précédents : débat ouvert à plusieurs problématiques et diversité des angles d’observation.

    Le débat avance entre deux écueils : celui de la déploration qui ne voit plus le salut que dans une surveillance vigilante de l’espace public sous le signe de la "tolérance zéro" ou, dans le cadre scolaire, d’un règlement intérieur du type code d’Hammourabi, mais aussi celui de la dénégation vertueuse ou d’explications justificatives qui ont marqué leurs limites, même si elles ont laissé des traces dans certaines contributions : abus de la notion de violence symbolique des institutions, par exemple.

    Mais un article à rebrousse-poil d’Alain Pierrot remarque avec pertinence : "Faire une critique soi-disant radicale du langage et de la culture dominante comme violence symbolique, quand dans un même temps on identifie un acte violent à un "vouloir-dire réprimé" ne conduit pas seulement à inverser paradoxalement le sens des mots, c’est aussi courir le risque d’attribuer une efficacité illusoire à cette "expertise".

    L’enquête de Saïd Bouamama dénonce la violence bien concrète de la ségrégation à l’embauche et dans les stages professionnels et celle-ci peut être patiemment et fermement combattue. M.-H. Abdallah dénonce avec rigueur et humour "la politique spectacle du dynamitage des cités maudites" et remarque en particulier : "C’est avec une certaine stupéfaction qu’on découvre qu’il y avait des habitants aux profils très différents et pas seulement des jeunes désœuvrés guerroyant avec la police et s’adonnant à la drogue".

    Une critique acérée mais juste sur l’essentiel est faite du trop fameux sondage annuel sur le racisme des Français, qui permet les gémissements convenus sur l’état désespéré, désespérant de l’opinion : pur artefact produit par des questions brouillonnes.

    Mais le plus nouveau me semble se trouver dans l’importante contribution de Sébastian Roché, "Les règles d’hospitalité dans les lieux collectifs" qui concerne aussi ces lieux collectifs que sont les établissements scolaires. On lira avec profit la description des dispositifs mis en œuvre pour restaurer des relations détendues et civiles dans les transports scolaires de Belfort et dans un collège de Saint-Martin-d’Hères : travail passionnant et constructif qui devrait, c’est le cas de le dire, faire école.

    ©Philippe Lecarme