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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 8 novembre 2009

    Formation des professeurs : où va-t-on ?

    En ce qui concerne l’avenir, difficile de s’y retrouver en cette période où le pessimisme le plus noir côtoie les rumeurs les plus folles, où les informations restent floues. Lorsque les maquettes des nouveaux concours seront enfin définies et que les universités (avec les Iufm dans certaines académies) travailleront sur les master, nous y verrons sans doute plus clair. Attendre d’avoir des informations avant de se lancer dans de grands refus enflammés semble être le plus judicieux. Au niveau ministériel, les groupes de travail mis en place ont remis à zéro le calendrier tel qu’il était il y a un an et les arbitrages devraient intervenir d’ici le CNESER du 21 décembre.

    Toutes les questions sur la formation en alternance, le lien master/concours, le lien entre les master Recherche et les master Professionnels (même si tout master permet de se présenter au concours), les contenus de formation, restent posées pour l’an prochain. La seule année 2009-2010 est déjà bien complexe ! Pour les PLC2, actuels professeurs stagiaires qui ont déjà réussi le concours, rien de changé. Ils enseignent 8h en responsabilité et bénéficient d’une formation Iufm. Idem pour les PE2 , professeurs des écoles stagiaires, pour lesquels la formation est identique à celle de l’an dernier : un stage filé, une journée par semaine sur l’année dans un cycle de l’école primaire, deux stages groupés de 3 semaines dans chacun des deux autres cycles avec validation conjointe IUFM/circonscription et une formation IUFM.

    Pour les actuels néo-titulaires du second degré de l’académie de Créteil la formation se poursuit. La décharge de deux heures hebdomadaires pour formation reste d’actualité mais... les jeunes professeurs sont massivement à 18h devant élèves avec deux HSA. Par ailleurs la journée libérée hebdomadaire prévue ne leur est pas accordée lorsqu’ils sont tzr non affectés à l’année ou sur plusieurs établissements… En dehors de formations disciplinaires et transversales, les néo titulaires ont droit à une formation rectorale, par exemple la Journée « Tenue de classe ». Après les vacances de la Toussaint ils auront s’ils le souhaitent, dans de nombreuses disciplines, le soutien d’un « compagnon », collègue désigné par l’Inspection en accord avec les chefs d’établissement.

    Pour les actuels néotitulaires du premier degré de l’académie de Créteil la formation reste aussi inchangée : un stage de 72h dans l’année (50h pris en charge par l’IUFM, 22h par les circonscriptions) avec des modalités différentes suivant les possibilités de remplacements (PE2 ou BD, « remplaçants Professeurs d’Ecole »).

    C’est pour les étudiants qui préparent actuellement le concours que la situation est plus floue. Ce sont les derniers qui passeront un concours (CAPES ou Agrégation pour le secondaire, CERPE pour le primaire) à l’ancienne, c’est-à-dire sans obligation d’avoir un master pour s’inscrire et être titularisé, et avec les épreuves actuelles. Pour le second degré, ils ne seront pas l’an prochain affectés à huit heures, mais auront sans doute une petite décharge pour formation, dont la nature n’est pas encore clarifiée. Pour le premier degré, ils seront affectés sur un poste à plein temps mais doivent avoir une part de décharge pour formation, dont on ne sait encore ce qu’elle sera exactement. Ils seront titularisés au bout d’un an ou deux par inspection et auront tous un tuteur dans leur établissement d’exercice (référent dans le premier degré). Leur formation sera pilotée et financée par l’employeur, donc le rectorat, qui aura par conséquent le choix total des opérateurs. Il sera fait appel aux universités pour mettre en place ce plan de formation mais on ne sait sous quelle forme et à quel degré. Dans l’académie de Créteil les actuels formateurs seront probablement sollicités. Des aménagements substantiels de cette année de fonctionnaire stagiaire très particulière sont bien sûr demandés, mais quelle forme auront-ils ? On ne peut laisser des étudiants se retrouver face à des classes sans accompagnement réel. Or il ne faut pas oublier que cette formation est la seule concession faite in extremis par l’ex-ministre Darcos au mouvement de grève du 1er semestre. Les promesses seront-elles tenues ?

    Par rapport à la masterisation en cours, les textes parus cet été semblent à peu près clairs : l’étudiant actuel doit cette année être inscrit soit en M1 soit en inscription prépa concours. Dans l’académie de Créteil, l’inscription se fait à l’Iufm. L’université Paris 12 n’encourage pas les étudiants à s’inscrire en Master, mais certaines universités (Paris 13, Marne-la-Vallée) de l’académie ont fait le choix contraire (et à un taux réduit de frais d’inscription de 20 euros).

    S’il est reçu au concours, son M1 est validé. Il est titularisé après un an de stage, sans condition de master.

    S’il est admissible, son M1 est validé, c’est-à-dire qu’il peut s’inscrire dans un M2 qui le préparera au nouveau concours, en supposant que les M2 en question soient suffisamment mis en place dans les mois qui viennent pour être opérationnels à la rentrée. La question est particulièrement cruciale pour les professeurs des écoles et pour les professeurs de lycées professionnels, pour lesquels il n’existe pas actuellement de master pouvant les concerner.

    S’il n’est pas admissible mais est allé aux épreuves et a passé les concours blancs organisés, une commission universitaire pourra lui valider jusqu’à 60 ECTS (càd équivalence du M1) : cette décision dépendra de la politique locale de l’université et des critères retenus pour la validation. Les années suivantes, tout étudiant devra être inscrit en M2 pour passer le concours puis valider le M2 pour être titularisé. On se reportera pour certains aménagements transitoires de 2010 à 2015 au texte sur la mise en application des décrets de juillet 2009. Quant à l’avenir de ceux qui auront raté le concours, et ils seront très nombreux dans certaines disciplines…quels débouchés leur offrira leur master ??

    La grande question qui reste posée pour l’avenir est bien sûr celle des stages de préprofessionnalisation . Question sur laquelle il est impossible d’avoir, en l’état actuel des choses, un avis définitif. Dans le meilleur des mondes possibles (un monde futur ? Qui sait ?) un étudiant qui se destinerait à l’enseignement se préparerait progressivement pendant son cursus à la réalité du métier : un stage d’observation de classe, puis un stage de « pratique accompagnée » (l’étudiant fait cours mais le professeur titulaire reste présent) puis enfin un stage dit en responsabilité. Actuellement il est prévu pour l’avenir un stage de 108h au deuxième semestre du master 2, stage rémunéré 3000 euros. C’est lui qui fait couler tant d’encre depuis qu’il a été annoncé en janvier dernier ; son principe a depuis été confirmé par les circulaires et déclarations ministérielles. Si le principe d’une professionnalisation progressive est séduisant en soi et existe d’ailleurs déjà, en EPS par exemple (et dans de nombreux autres pays européens), c’est la mise en application prématurée de ce stage et dans des conditions incertaines cette année qui amène les uns à s’opposer radicalement à sa mise en œuvre, les autres à craindre qu’un refus de son application n’entérine de ce fait la mort de la professionnalisation au profit du seul disciplinaire.
    L’organisation de ce stage dès cette année est en effet plus que discutable sur plusieurs plans . Rappelons de toutes les façons que son existence même est encore en débat sur Créteil. Pour cette année 2009-2010, rappelons également qu’on ne peut parler de stages master, mais de stages d’observation et de pratique accompagnée proposés aux préparationnaires concours. Les présidents d’université ont été très clairs sur ce point : il n’y aura pas à Créteil de stages en responsabilité de 108 heures déconnectés.

    Mais dans l’avenir ? C’est là que la question de la professionnalisation progressive et des stages en responsabilité se posera pour les masters et les nouveaux concours quand ils seront mis en place. L’importance, pour un étudiant, de la rémunération proposée pour le stage en responsabilité, en séduira beaucoup… Les négociations entre toutes les parties sont donc à suivre de près.
    Sur le plan juridique  : quid d’une convention de stage dans le cadre d’un master ? Quelle assurance pour l’étudiant-professeur en cas de problème ? Le texte actuel de convention proposée serait, d’après certains juristes, sujet à caution.
    Sur le plan éthique   : au lieu de créer des postes, on utilise des étudiants, au lieu de former ces étudiants, on les utilise pour jouer les bouche-trous dans l’académie. La durée envisagée est certes si courte que ce travers peut paraître négligeable.

    Sur le plan de la formation professionnelle  : quid d’une formation ratifiée au dernier moment, sans encadrement, sans réelle préparation, sans accompagnement ? Peut-on appeler cela une formation ?
    Sur le plan de l’intérêt des étudiants  : comment peut-on, dans le cadre de la préparation à un concours et de cours de master, assurer un remplacement de 108h ? Ces stages ne peuvent pas entrer en concurrence avec un travail d’étudiant déjà très lourd. Encore heureux pour cette année transitoire qu’on ait évité l’incohérence totale d’un étudiant qui serait censé se préparer au concours « ancien modèle » en même temps qu’il serait devant élèves…
    C’est pour toutes ces raisons, souvent justifiées, que beaucoup refusent catégoriquement la mise en application de ce stage. Par ailleurs c’est toute la question de la formation professionnelle qui est ici visée. Refuser radicalement tout stage, c’est aussi envoyer des étudiants enseigner sans avoir d’aperçu de la réalité du métier . C’est aussi courir le risque d’entériner pour les années suivantes la possibilité d’un concours strictement disciplinaire, d’acter la mort des Iufm, d’accréditer l’idée du compagnonnage comme seule possibilité de formation, alors que, pour une fois, formateurs et universitaires unis par la volonté de ne pas nuire à leurs étudiants, sont à peu près d’accord. En ces temps troublés où rien n’est sûr, rien n’est fixé, le pessimisme le plus total ne peut que desservir les futurs professeurs et laisser entendre que la masterisation en cours n’est que négative, ce qui n’est pas le cas, comme l’ont rappelé à plusieurs reprises aussi bien la CPU que la CDIUFM. Le regret du passé doit-il conduire à refuser en bloc un avenir déjà en marche ? Essayer d’améliorer ce qui est améliorable n’est-il pas préférable ?

    Se battre pour que ces stages, s’ils sont amenés à exister, n’aient pas comme objectif principal d’assurer les remplacements d’enseignants dans les académies mais s’inscrivent bien comme des compléments de formation, avec un vrai encadrement et un vrai suivi, voilà l’enjeu principal de cette année (cf les conditions posées dans le tract fédéral).

    Quant aux maquettes de concours et de master… attendons l’année nouvelle pour en dire quelque chose !

    Sophie Renaut et Claudine Chevalier

    Formatrices