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Syndicat général de l'Éducation nationale


SGEN-CFDT de l’Académie de Créteil

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  • 16 avril 2008

    Projet de programmes 2008 sur la maternelle

    Le rapport Bentolila a sans aucun doute inspiré le projet de programmes 2008 sur la maternelle. C’est pourquoi nous publions des extraits d’un long article publié par H. Montagner dans le café pédagogique.

    « A la lecture du rapport de M. BENTOLILA, on se frotte les yeux pour être sûr qu’on ne dort pas, et on se demande si celui-ci a déjà rencontré les “vrais” enfants accueillis à l’école maternelle, c’est-à-dire, selon les moments, les situations et les partenaires, des êtres câlins, rieurs, expressifs, “clowns”, sociaux, joueurs, indisciplinés, turbulents, imprévisibles, appliqués, provocateurs, conquérants, “baragouineurs”, querelleurs, imaginatifs, inventifs ... aux modes de communication et “formes” d’intelligence multiples.

    En d’autres termes, ils sont des personnes qui débordent de vie, d’initiative et de créativité, mais aussi des êtres vulnérables qui révèlent leurs détresses, leurs souffrances et leur insécurité affective. Faudrait-il qu’ils soient des individus assujettis que l’on peut enfermer à tout moment dans la maîtrise du vocabulaire, dans les productions langagières qui respectent la syntaxe et la grammaire, et dans un discours formaté ?

    Si on accepte le dogme de M. BENTOLILA, les enfants doivent devenir des machines contrôlables et dociles dont il faut programmer le langage (et donc la pensée) dès la petite section de l’école maternelle.

    Pauline KERGOMARD et ses collègues pédagogues, qui ont inventé l’école maternelle, doivent se retourner dans leur tombe.

    Le rapport de M. BENTOLILA peut être perçu comme un document de bon sens [...], en accord avec le désir des parents, soucieux que leurs enfants apprennent non seulement à bien parler dès qu’ils sont accueillis à l’école maternelle, mais qu’ils s’engagent également dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ... et aussi du calcul.[...]

    Dossier à lire sur le site du"café pédagogique"

    Le rapport de M. BENTOLILA peut être “techniquement” accepté par certains enseignants car il flatte leurs exigences de professionnels consciencieux et soucieux de développer la maîtrise du langage chez tous les enfants. En effet, s’il ne contient rien de nouveau par rapport à ce qu’ils savent et à ce qu’ils font ou essaient de faire, il préconise des “démarches-recettes” qui peuvent donner l’illusion d’une efficacité accrue dans l’apprentissage combiné du langage verbal, de la lecture et de l’écriture, et ainsi d’une valorisation de l’acte pédagogique.

    M. BENTOLILA dénigre, déprécie, dévalorise et culpabilise les enseignants tout au long de son rapport. [...] On ne saurait trop remercier les enseignants d’école maternelle de permettre aux enfants de chanter ensemble, de leur raconter des histoires qui sollicitent leur sensibilité, leurs émotions, leur pensée, leur imaginaire [...]

    M. BENTOLILA considère que les enfants d’école maternelle sont essentiellement des systèmes linguistiques qu’il faut formater dans des ateliers de langage oral dès la petite section.[...] Il passe sous silence les activités qui permettent aux enfants de structurer leur schéma corporel, de maîtriser les équilibres de leur corps, de développer leurs coordinations motrices et sensori-motrices, et d’affiner leurs habiletés motrices, notamment celles qui permettent de maîtriser progressivement, et au rythme de chacun, les manipulations d’objets, les constructions, le graphisme, le dessin, la peinture et plus tard l’écriture.

    [...] A aucun moment, il [l’enfant] n’est considéré comme une personne d’attachement, d’émotions et d’affectivité [...] les processus de socialisation ne sont même pas évoqués... pas plus que les activités ludiques (le mot jeux apparaît une seule fois dans le rapport). [...] Un besoin fondamental comme le rythme veille-sommeil est tourné en dérision [...] Les sensorialités auditive et visuelle ne sont considérées que dans l’acquisition et la maîtrise du langage oral, puis de la lecture et de l’écriture. Le développement du corps et les habiletés motrices sont escamotés. Il n’est jamais question de l’imaginaire [...]

    La petite section apparaît comme une propédeutique de la moyenne section, elle-même propédeutique de la grande section, elle-même propédeutique du cours préparatoire, même s’il est affirmé que l’école maternelle doit être une école à part entière.[...]

    Avec les positions dogmatiques et outrancières de M. BENTOLILA, les inégalités sociales et linguistiques ont une forte probabilité de se creuser, en tout cas de ne pas s’atténuer. En outre, ça n’est pas en “matraquant” les enseignants qu’on va les motiver à s’investir encore davantage dans leurs missions.[...]

    Dossier à lire sur le site du "café pédagogique"


    Hubert MONTAGNER est Docteur ès-Sciences (Psychophysiologie et psychopathologie du développement), Professeur des Universités en retraite, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM. Réflexion sur les rythmes scolaires http://www.inrp.fr/primaire/dossier_doc/dossier_doc.htm